Voyage solidaire – Madeleine et Denis Cattin partagent leur expérience

Un voyage solidaire offre une magnifique occasion de découvrir les beautés d’un pays et de faire de riches rencontres !

C’est en octobre dernier que, tous deux, nous avons eu la chance de réaliser ce voyage à Madagascar grâce la proposition de voyage solidaire organisée par le CEAS, en collaboration avec une agence de voyages suisse et malgache.

Ce furent vingt jours de magnifiques découvertes et de merveilleuses rencontres dans un pays naturellement riche, mais économiquement très pauvre, comme c’est le cas de trop nombreux pays du Sud…

Les contacts avec la population furent bien sûr facilités par nos visites de quatre projets soutenus par le CEAS. Ayant tous deux une expérience de coopération davantage orientée vers le social, la formation et l’éducation populaire en Amérique latine, nous étions particulièrement intéressés à visiter des projets de secteurs techniques et de de formation professionnelle.

Nous avons également eu la chance de visiter une haute école professionnelle soutenue par une ONG jurassienne, et qui forme, entre autres, des électromécaniciens

Un peuple qui sourit et qui se bat… dans un pays qui sombre

L’ensemble des projets visités nous ont d’emblée convaincus par leur pertinence dans un contexte national si pauvre en matière d’infrastructures de base, telles que l’eau et l’assainissement, les voies de communication et la fourniture en énergie électrique. De plus, la formation scolaire et professionnelle fait l’objet d’un déficit flagrant dans ce pays. Un taux moyen d’alphabétisation de 20% sur l’ensemble de la Grande Ile, auquel il faut ajouter une corruption endémique au sein des instances étatiques, en disent long sur les perspectives de développement à Madagascar.

Toutefois, malgré ce contexte, nous avons rencontré une population très positive et conviviale, des responsables de parcs nationaux bien formés, très motivés et conscients de l’importance de la préservation de la nature et du développement durable. Il en va de même avec les responsables locaux des projets du CEAS que nous avons rencontrés, et qui nous ont convaincus de leur engagement et de la justesse de leurs actions.

Des projets pertinents et convaincants

La visite d’un atelier de fabrication et de formations dans les filières bois, métal et mécanique, sis à 20 kilomètres de la capitale, nous a permis de voir qu’avec des moyens relativement limités mais beaucoup de savoir-faire, il est possible de développer et de construire des séchoirs à fruits en utilisant l’énergie solaire ou le gaz. Cet atelier construit également des petites turbines destinées à faire tourner des microcentrales hydroélectriques installées dans les villages.

L’utilisation de ces séchoirs nous a été démontrée dans deux sites de production de fruits séchés et conditionnés qui s’avèrent d’excellente qualité. C’est là que nous avons partagé, avec les responsables locaux, les difficultés rencontrées dans la recherche de marchés pour la vente de ces produits. Les sécheurs de la région se sont regroupés en coopérative afin de renforcer leur présence sur la marché national et international, mais rien n’est facile dans ce domaine. La conquête d’un marché intérieur demande une certaine adaptation des habitudes alimentaires des Malgaches, ce qui n’est pas évident pour une population qui a toujours eu l’habitude de manger des fruits frais.

Il en va de même avec le marché international, pour lequel s’ajoute souvent une nouvelle condition qui est celle de la production biologique. Si, en Suisse, nous devenons des consommateurs exigeants sur ce plan, nous ne nous rendons cependant pas toujours compte combien il est difficile d’y répondre totalement sur place et de manière certifiée. Les moyens à mettre en œuvre dans ce but sont en effet actuellement hors de portée des producteurs locaux. En revanche la bonne traçabilité des produits transformés est assurée, ce qui, pour eux, est déjà très important.

Des échanges imprévus qui peuvent porter des fruits

Concernant le problème de l’écoulement des produits séchés sur le marché intérieur, nous avons vécu un échange intéressant entre le coordinateur local du CEAS et notre chauffeur-guide. Ce dernier, connaissant bien la clientèle touristique de Madagascar, nous a révélé le fort développement du tourisme de trekking à travers tout le pays. Les fruits séchés sortant des sécheries locales trouveraient dès lors une clientèle intéressante auprès de ces marcheurs, consommateurs potentiels de tels produits très pratiques à transporter et fournissant les sucres nécessaires à l’effort. Le coordinateur du CEAS a donc trouvé cela intéressant et tous deux estiment qu’une promotion de ces produits auprès des agences touristiques du pays pourrait être développée.

Ce type d’échange prouve une fois de plus que, dans de tels contextes de réflexion sur le développement, la mise en relation de personnes travaillant dans des milieux très différents peut souvent porter ses fruits (même séchés !).

L’électricité, une fée précieuse en faveur du développement

Pour ce qui concerne la production d’énergie électrique, nous avons visité deux projets très différents qui contribuent, avec des moyens locaux, à pallier le manque flagrant dans ce domaine :

Un « kiosque à énergie », alimenté par des panneaux solaires et une éolienne de fabrication locale.

Il s’agit d’un petit bâtiment dans lequel sont installées des batteries pouvant fournir l’énergie nécessaire aux villageois pour charger des lampes portables ou des téléphones durant la journée. Les lampes permettent à une famille d’avoir de la lumière le soir et à leurs enfants de pouvoir étudier lorsqu’il fait nuit.

Une centrale hydroélectrique toute récente, alimentée par l’eau d’un barrage situé dans les montagnes et pouvant alimenter env. 400 familles. Ce projet, techniquement plus compliqué, a requis l’apport d’un savoir-faire occidental pour sa conception et sa mise en route. Toutefois la gestion et le maintien de ce complexe sont assurés par des techniciens et des gestionnaires locaux qui ont été formés. L’avantage de cette centrale est de permettre une fourniture stable de courant 220 V. permettant le développement de petits ateliers de fabrication ou de transformation dans le village. Ces ateliers constituent une source de revenus pour ses habitants, à l’exemple de la presse à arachides que nous avons pu voir et qui produit une huile d’excellente qualité.VS2019DenisCattin2

 Quelques constats pour la réflexion

Durant ces visites, nous avons évidemment beaucoup appris au cours de nos nombreux échanges et nous tenons ici à relever deux constats :

Le fait que la majorité des projets visités fonctionnent sous la responsabilité de femmes entrepreneures très motivées nous réjouit particulièrement, sachant que dans ce pays, comme dans bien d’autres, l’égalité des chances entre femmes et hommes fait encore partie de la fiction…

Avec chacun de nos interlocuteurs locaux, nous avons également soulevé la question de l’implication de l’Etat malgache dans le développement du pays. Systématiquement, on nous a répondu que personne ne pouvait compter sur un financement, un appui ou une collaboration de la part de ministères rongés par la corruption. Il va de soi qu’un tel contexte ne peut que freiner, voire bloquer totalement toute initiative de développement, tant au plan national que local (formation, santé, communications, énergie). Nous avons vu de nos propres yeux plusieurs projets de développement entrepris avec pertinence par des ONG étrangères ou locales, mais qui ont été abandonnés en cours de route par manque de suivi, de financement ou en raison d’un blocage dû à des intérêts politiques particuliers contraires à ceux de la population.

Forts de ce dernier constat, nous sommes convaincus que la lutte contre la corruption, la formation des responsables politiques à la bonne gouvernance - et ceci à tous les échelons des institutions publiques - devraient, à notre avis, devenir une priorité de la coopération internationale afin de faciliter le travail des ONG qui, depuis des dizaines d’années, soutiennent avec conviction et compétence des personnes engagées au sein d’organisations partenaires locales, et dont la détermination et la persévérance forcent l’admiration.

Un tout grand merci à l’équipe du CEAS de nous avoir permis de vivre cette magnifique expérience humaine !

Madeleine et Denis Cattin

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